PIERRE PILONCHERY

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LES VIVAGES 2018-2023


Dans " Une Année dès Lundi " John Cage cite Buckminster Fuller qui a des projets tout ce qu'il y a de plus raisonné pour détourner notre attention de " Tuage " et nous entraîner vers " Vivage ".

Les Vivages sont des morceaux de vies sur un fond de traces et paysages cosmiques universels, des ramassages de morceaux du monde et de ma vie qui se questionnent et se complètent. Ils tissent et mettent en scène des relations sensibles entre des pratiques humaines et le cosmos. Ils sont des "décors de l'existence immense", réalistes, poétiques et cosmiques. Ils affirment le monde comme un contexte qui nous permet de manifester notre besoin vital de recoller les morceaux pour exister.

La méthode des Vivages c'est l'addition de morceaux de moments mêlant techniques et matériaux : dessins, vidéos, objets, photographies, textes, chansons, écrans, tissus, impressions, documents, sons, lumières, etc... .

Le format des Vivages c'est l'exposition. Ces réalisations et projets sont comme des partitions à dispositions pour de nouvelles interprétations à chaque nouvelle présentation. Il ne s'agit pas d' " objets finis " mais de " propositions ", jamais immuables, toujours transformables. Des pluralités d'organisations pour des " possibles d'oeuvres ".

Des oeuvres fluides et liquides à l'image du flux de la vie fragile et précaire.


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QUELQUES LIEUX POUR CONTINUER ou quelques choses en forme de pensées très mobiles ( un journal des Vivages 2018-2023 )  


Bien des fois j'ai pensé à aider à la compréhension de mes ouvrages en leurs additionnant des notes que je couds ensemble sans que pourtant cela soit finalement une aide réelle quant à l'objectif souhaité. Accumulation de notes de travail, de références amicales, de projets, de fiches techniques, de courriers échangés, de lectures, de souvenirs et autres choses encore autour des Vivages dont l'addition en effaçant les repères chronologiques écrit une forme de roman artistique présentiste, qu'en sera-t-il pour ces quelques notules ? Espérer tout au plus y lire une pensée en action dans un temps où le mot Vivage acquiert un sens plus que jamais nécessaire. Il me plairait aussi que la lecture de ce journal prenne le rôle d'une invitation à découvrir l'oeuvre qui l'a généré. Mais ne pouvant pas seulement dire l'acharnement et l'élégance plus ou moins habilement ou plus ou moins maladroitement ça n'est pas important.


Dans la préface Dans la préface de son livre Une Année dès Lundi John Cage cite Buckminster Fuller « qui a des projets tout ce qu'il y a de plus raisonné pour détourner notre attention de "Tuage" et nous entraîner vers "Vivage" » parce que même si les temps sont bouleversés leurs représentations contiennent toujours l'au-deça qui les portent, jusqu'aux confins du vertige de la vie, ce sont des mises en ondes lancées dans l'univers pour créer une autre réalité de probables rencontres, une réalité de coexistences immenses infiniment vivantes, et j'aimerais que mes Vivages dessinent cet au-delà de la conscience comme une forme d'océan primordial duquel émergeraient diverses activités humaines, une forme de gravitation universelle comme une cartographie pour lancer des signaux que je travaille avec méthode, la méthode des Vivages c'est l'addition de morceaux de moments mêlant techniques et matériaux et cette activité multiplie des combinaisons de possibilités comme une humanisation de coulées cosmiques, comme une illustration ou bien une altération d'impressions du monde tout autour, ce sont des espaces tracés lentement, très lentement, des propositions et formulations aux possibles innombrables, aux interprétations universelles à la fois impersonnelles et individuelles, de sensibles visions, visions accessibles et contradictoires pour y trouver des situations et des perspectives de regards, des mondes inconnus et reconnus à la recherche d'un itinéraire panoramique pour mieux voir qui font appel à tous les sens parce qu'il est l'heure continuelle, sans début ni fin, et c'est curieux comme Les Vivages m'emportent alors au-delà des siècles, ils sont des propositions déclinées entre le ciel et la terre, des connexions et des combinaisons de significations et de sensations avec excitation et parfois même exaltation, ce sont des doutes et des certitudes, très peu de certitudes, pour habiter quelques possibles moments de lumières avec une vigilance au-delà de la défiance et de l'idéalité jusqu'à ne plus choisir d'époque pour les incarner parce que j'y introduis une fonction mémorielle et je considère ces traces laissées comme une forme d'anomie cosmique reconnue du monde entier, comme une invitation tendre et détachée, l'heure de la vérité n'existe pas et la place que nous nous donnons dans le monde, toutes les expressions et leurs commentaires, les apparences, les jeux, les assemblages, les associations, les contraintes, les petites et les grandes perturbations, les fragments de quelques choses, tous les motifs, tout ça ce sont comme des ondes miroitantes dessinées par des cailloux lancés dans l'eau, ce n'est pas toujours très clair mais il ne pourrait pas en être autrement parce que l’œuvre dépasse l'objet œuvre, elle est une énergie qui englobe ce qui à la fois amène à l’œuvre et découle de l’œuvre, un flux de présent, voilà ce que sont mes Vivages, des sensations humaines sur un rythme humain, avec toute la dignité que nous impose le grand univers, c’est pourquoi dès la première apparition du mot Vivages j'imagine des interactions d'éléments et de moyens multiples et libres, des jeux de rencontres fortuites ou volontaires, des oiseaux dans le ciel, le chant du merle, le corbeau qui croasse, des bruits de pas, des voix et des chansons que j'improvise, des sons de la nature, des sons urbains, des déclarations aléatoirement ponctionnées dans mes écrits, des objets cueillis dans des promenades, des structures en tissus et toiles libres, des films et autres images en mouvements, des documents sur des travaux en cours, c'est un chantier ouvert pour une œuvre ouverte et lorsque je reçois un visiteur je peux lire sur son visage le désappointement de ne pas trouver les attendus d'un atelier d'artiste parce que je lui raconte un parcours monde dans lequel ses repères absents les cartes lui sont peut-être brouillées, je sais que des innovateurs ont ouvert la voie avec de nouvelles relations spatio-temporelles à ces questions relationnelles entre l'art et la vie par des comportements et des actions qui ont élargi les territoires de l'art bien au-delà de l'espace suggestif traditionnel, par la production de mon travail j'ai pu les remarquer et les aimer, ils sont devenus des encouragements à poursuivre mes propres engagements, je suis pour ainsi dire accompagné, nul besoin de beaucoup, j’aime lire Kurt Schwitters qui écrit « Le soleil là-haut est rouge » (cat exposition Dada Centre Pompidou p 135) et Hugo Ball qui écrit « les cieux rouges (Tenderenda le fantasque p 29), improbable rencontre entre Kurt Schwitters et Hugo Ball, plusieurs fois j'ai rencontré John Cage, il est venu nous visiter Annick Yan et moi, j'aurai aimé connaître Kurt Schwitters, identiquement solitude et rencontres, mais qu'importe, les oiseaux sont toujours en mouvements, la marmotte aime le soleil, le paysage déborde son cadre parce que tout est paysage parce que toutes les expressions sont des formes essentielles de représentations, des quantités infinies de consciences réunies dans l'imprévisible et le poétique, ce sont des possibilités de passages, des formes de voyages avec leurs prises de vues en direct aux dimensions immenses comme des souvenirs inoubliables, des tranches de vies et leurs principes inaltérables, vastes voyages pour arriver à de nouvelles possibilités parce qu'il y a un moment où il est légitime de se constituer une volonté après maintes générations d'autres volontés et mes incertitudes s'adaptent du fait qu'elles s'emparent de mes réalisations, « Prodigieux petit coin de l'univers » disait Bedford sur le Lune, phénomènes proches de l'enchantement l'imagination n'invente rien mais rend visible sous divers angles la matière de l'expérience comme des inventions et des extensions de possibilités, ce sont des chorégraphies de rencontres, des scènes pour l'humanité, il s'agit toujours de dimensions temporelles pour créer cette impulsion et faire sortir quelque chose comme une consistance abandonnée, quelque chose de presque liquide comme une position imprécise, on ne doit pas ignorer l'incarnation de l'esprit dans l’œuvre d'art pour saisir sa force de savoirs et de doutes, des traces d'existences, je précipite mes traces d'existences et les jette au vent et il me semble sans trop d'exagération ni de présomption qu'elles dessinent une réalité directement bienheureuse et même fabuleuse à l'image du flux de la vie, fragile et précaire, le renouvellement des choses de la vie y dessine un paysage comme si, là, il n'y avait rien, c'est le grand rêve au-delà de l'imagination, simplement fixer ce qui se passe là, un accroissement de l'humain, voilà ce que sont Les Vivages, des extraits d'un infini possible, des fragments du monde environnant comme une combinatoire de séquences en formes d'apories cosmiques naturelles et chimiques avec l'heureuse sensation d'un all-over temporel transformable et renouvelable et parce que la vie superpose des possibilités de situations et qu'elle suggère des procédés il se produit alors quelque chose comme des réactions, une musique cosmique dont l'interprétation reste humaine et sensible parce que l'art de la vie élabore et produit une perpétuelle augmentation de fragments, un flux de présences, de signes et de mouvements, et dans cet espace Les Vivages explorent les conversations que l'homme tisse avec l'univers et je pense l'univers comme on penserait une légende pour construire un réseau de connexions avec des paroles jamais exactes, presque impalpables, des tentatives d'approximations dans lesquelles les causes et leurs effets d'un moment s'évanouissent additionnés à d'autres où chaque morceau prend forme et donne forme à l'ensemble et mon expérience de ces choses traverse le temps, fabuleusement et parce que la construction et la restitution d'une pensée c'est vivre la jouissance des choses et de leurs contextes pour exister tous ces réseaux d'énergies sont tissés dans un même espace sans début ni fin, les moyens sont à portée de nos mains, ils sont dit Isou « des actes de ton existence sur un fond de paysages cosmiques universels » (L'Héritier du Château p 205), Les Vivages y prennent la forme de Cosmographimages, un même espace où je raconte et m'amuse, où j’enregistre des ondes électro-magnétiques et remplis des dizaines de m2 de surfaces de séquences cosmiques, où je lis Jules Verne et m'endors à l'heure de la sieste, où je veux bien aller voir des expositions mais laisse souvent passer la date de fin, où je pense aussi qu'il va bientôt falloir semer les pois gourmands au jardin, où chaque jour je couvre des pages de cahiers de notes que j'essaie de classer lorsque j'en ai le temps mais n'arrive jamais à terminer, où je suis très heureux de cette collaboration à laquelle j'ai été invité, j'ai enregistré 6 mn de musique pour voix et bois frotté, et j'aime beaucoup l'idée d'une cohérente confusion, suis-je intéressant dites-moi, regardez ce que je voulais représenter dans mes Naturages, c'était la place de l'homme dans la nature, regardez ce que je veux représenter dans mes Vivages, c'est la place de l'homme dans l'univers, mon sujet c'est tout ce qui vit, bouge et se déplace, j'y trouve des possibilités d'expérimentations pour faire s'interpénétrer l'espace et le temps d'un bord à l'autre de notre quotidien jusqu'à l'univers de notre humanité, c'est une addition comme un torrent, mais en douceur, avec des tremblements, avec méthode aussi, la méthode des Vivages c'est l'addition, le format des Vivages c'est celui de l'exposition, une exposition des Vivages est un rassemblement de morceaux, c'est pour cela qu'au lieu d'exposer je préfère entreposer, Les Vivages assemblent des formes d'actions pour créer des formes de représentations, des actions humaines dans la vie, des actions humaines dans l'art, des actions humaines dans le monde, des actions humaines dans l'univers, ils sont des livraisons de temps dans un espace expansif jamais achevé, des expériences toujours heureusement incomplètes comme une altération d'impressions du monde tout autour et parfois même une évanescence jusqu'à même ne plus pouvoir et vouloir en parler, et parce qu'ils réunissent des morceaux du monde et de moi tous mes ouvrages, les œuvres de tous mes âges, sont des Vivages et pour les classer et m'y retrouver je les ai divisés en séries nommées selon leurs techniques ou leurs sujets, Les Effaçages, Les Espaçages, Les Canevassages, Les Remplissages, Les Cousages, Les Texturages, Les Publicitages, Les Visionnages, Les Webcamérages, Les Naturages, Les Vivages, inventer des mots nouveaux agrandit mon espace de pensée jusqu'au ravissement, Les Kaleidoscopages, Les Ubiquitages, Les Otiumages, Les Unicumages, parfois les mots ne suffisent pas dit-on, hé bien il faut les additionner et tourner autour du pot à n'en plus finir, ou bien se taire et simplement dessiner un éléphant, ce qui déjà est grand, Schwitters annonce que «  cet été les éléphants porteront des moustaches » ( Banalités, Merz p 118) et que « de toute façon au fond c’est un éléphant » ( Transformations, Homme par dessus bord p 109), j’aurais pu écrire « vache », la vache fait partie du paysage de mon enfance, dans La Grande Mascarade Parisienne (p 220) Robida dessine une belle vache dans l’atelier d’un artiste animalier, dans mes actions je l’encadre de rouge, la vie est action, je crée des agrégats d'actions et l'action est l'incarnation de la pensée, l'irruption de la réalité avec ses pluralités de possibilités c'est la conscience qui la perçoit puis l'imagination pour mieux entendre et mieux voir, peut-être même avec une exagération dans l’enthousiasme jusqu'à la tranquillité du créateur qui se sait ainsi participer aux bruits du monde, on peut entrer par la porte et sortir par la porte, c'est tout l'espace-temps pour résister au vent, comme l'image de l'oiseau perché de Lascaux qui n'en finit pas de tenter son envol, c'est une infinie séquence pour le cœur et l'imagination, un parcours avec toutes ses résonances, couches par couches, ses rythmes et ses tonalités, sereines et joyeuses, en légères transparences, comme un reflet du temps à travers lequel on peut voir la vie, tout entière, ça raconte une histoire du monde, une appréhension du monde comme un mouvement pour inventer de nouvelles relations possibles avec de nouveaux contextes, un élan et même un refuge si l'obscurité surgit pour capter des états de consonances du monde, des morceaux du monde réorganisés dans des espaces de simultanéités comme des assemblages de circonstances entre le monde et moi, mouvements vulnérables, mouvements fragiles, mouvements remplaçables, comme la vache et l’éléphant, toute forme de mouvement révèle la vie et ce qui se passe est tout simplement la vie et sa multidimensionnalité par exemple la distraction comme force de création, elle permet l'addition de ce qui est et de ce qui peut arriver et ce qui se passe élargit le regard comme des odeurs multiples provenant de fenêtres ouvertes sur des bouts de moments, alors il ne faut pas regarder fixement mais activer un regard remplissant l'univers et tout ce qu'il contient et parce que la porosité des genres et des registres est une bonne chose elle est toujours source d'incertitudes et de glissements de sens pour ouvrir à des ailleurs, c'est rassurant, je vois alors le monde au milieu du silence et de son bruit comme un contexte qui nous permet de manifester notre besoin vital de recoller les morceaux pour exister parce que les images qui naviguent dans les mimétismes culturels sont d'inutiles cadeaux pour trouver son propre jugement, l’œuvre en effet n'est pas une idée mais une pensée mobile attachée à son contexte qui la modifie c'est-à-dire le temps, le lieu et les conditions d'expositions qui multiplient ses dimensions, l’œuvre s'agrandit au-delà de ses dimensions, le sens n'est pas prédéterminé mais recréé, nous sommes des combinaisons de ce qui nous remplit, remplissage de personnes, remplissage de pensées, remplissage d'objets, remplissage d'images, remplissage de sons, remplissage de mots, remplissage de voix, remplissage de couleurs, remplissage de trucs sans importance, remplissage de n'importe quoi, remplissage de temps, remplissage, remplissage, remplissage et encore remplissage, remplissage de tout, le monde se construit par remplissages et la vie est un immense infini remplissage, un ensemble à interpréter comme un répertoire dans lequel piocher pour construire de nouveaux ouvrages, et parce que la forme esthétique de tous mes ouvrages c'est le remplissage j'appelle aussi Tempissages mes Vivages, ce mot additionne les idée de remplissages, de tissages et de tapissages dans une notion temporelle et intemporelle comme des mises en ondes dans un flux permanent et ça devient alors un remplissage d'œuvres potentielles en mouvements, le mouvement est un état naturel, pas de mouvement pas de vie, pour qu'un mouvement existe il faut du temps et de l'espace, d'où il en ressort que le temps et l'espace sont des éléments naturels, le principe de vie, sa condition sans laquelle le mouvement n'existe plus, mes Vivages procèdent de cette action qui lie étroitement le mouvement, l'espace et le temps, ils sont des fragments inachevés, des recherches incarnées, des apories, des métonymies, des pasigraphies sur un fond de paysages cosmiques et ce qui nous apparaît cosmique est forcément métaphysique, le temps additionne à l'échelle de l'univers, il distribue la forme et la force de l’œuvre, voici la construction, « Surfaces. Surfaces de surfaces sur des surfaces » (Umberto Eco, le Pendule de Foucault p 864), surfaces d'actions, j'étends de fragiles couleurs liquides sur de grandes surfaces souples et mobiles, j'agite des branches d'arbres couvertes de rouge, ce que j'obtiens n'est pas une composition visuelle mais une évolution visuelle avec une dimension d'espace et de temps comme une impression, je n'explique pas, c'est une forme de promenade et donner une lecture du monde avec conscience désinvolture raison, doutes mais aussi nécessité infinité force fragilité générosité et beaucoup d'espérances c'est laisser la porte ouverte et chorégraphier les différences, Hugo Ball écrit dans La Fuite hors du Temps (p 79,96, 97, 98, 102) « Qui peut tenir son cœur et son imagination aussi fermement à l'abri qu'aucune espèce de poison ne puisse y pénétrer et les dissoudre ?...celui qui saurait faire ressurgir le trésor des rêves de l'humanité pourrait devenir un rédempteur...pour libérer la vie, il faut libérer les rêves...s'écarter de son époque en reculant aussi loin que possible afin de pouvoir l'embrasser du regard...néanmoins ne pas se pencher trop au dehors de la fenêtre...ce qu'il est convenu d'appeler la réalité n'est à proprement parlé que du vide bien gonflé », Odilon Redon aussi aurait pu écrire ça, des sensations humaines sur un rythme humain, précieuses citations comme une irradiation qu'il faut sans doute oublier, mes Vivages sont mon refuge, mon « île du Cœur », l'île de Hjertoy où Kurt Schwitters exilé en Norvège séjourne l'été, mon « ïle des Calmes », celle de Romain Rolland dans sa préface à son immense Jean-Christophe, mon « île Saint-Pierre », celle de Rousseau et de ses Rêveries du Promeneur Solitaire, mon « île flottante artificielle », celle de Hugo Ball dans Tenderenda le Fantasque, dans mon époque je choisis d'aller sur mon île pour participer à la vie, elle est comme un morceau du monde réinventé, un champ d'actions comme une respiration pour permettre à la force vitale de s'incarner, c'est une chose toute naturelle, les actions de l'artiste prolongent la mesure du temps dans un infini champ de possibles, dans Les Vivages on trouve des images, des textes, des couleurs, des vidéos, du son, des projets, des notes, des choses, jamais objets finis figés dans le temps ils peuvent être à chaque présentation rejoués différemment, ils vivent et se transforment, la forme n'y est pas le choix d'une composition mais la conséquence d'une action, c'est comme cela depuis mes premiers ouvrages, des actions déclinées dans toutes les orchestrations qu'on peut leurs donner pour les identifier, le souffle de l'incertitude dans chacun des sens mais la pensée tournée vers le soleil, il n'y a plus rien à dire, seulement ce que les circonstances et le savoir dispensent, des impressions et des sensations, j’ai lu qu’en Australie on vient de trouver une bouteille à la mer vieille de 132 ans, elle s'additionne aux choses d'aujourd'hui, c'est le besoin de rendre visible cette création permanente dont parlait Filliou, ce qui inclut beaucoup de bruit, de vide, de silence et de temps, c'est l'élégance et l'acharnement dans tous les sens et sans la méfiance, c'est l'enthousiasme de faire, langage sans dressage pour laisser se propager les modulations grouillantes de cet enthousiasme, voilà comment les choses se passent, une forme de débordement à l'écart derrière ou devant les choses et parce que les visions humaines changent d'aspects et de sens elles ne sont pas des prophéties ni des croyances mais des pensées en même temps que des actes et dans ces moments heureux même si le monde se remplit d'inquiétudes et de peurs l'imagination nourrit le prestige de la création et l'histoire de la pensée humaine, c'est un peu comme faire de longues promenades dans les solitudes des consciences, superbes lieux dans lesquels les explications de l'existence se mesurent aux témoignages des traces que nous y laissons de siècle en siècle avec obstination, Les Vivages sont un art de l'espace et du temps pour importer quelque chose de la vie dans l'espace et le temps de l’œuvre, le temps devient outil sujet et objet de travail et tout peut entrer dans ou devant ce fond de temps comme un flux d'instants envahissants doux et bienfaisants, un fond sur lequel s'origine une certaine équivalence de l'espace et du temps jusqu'à l'intérieur de soi, le temps cette seule machine à création que je connaisse c'est-à-dire la vie et travailler dans une esthétique de l'action c'est ne pas vouloir rester là en train de chercher le bon cadrage ou le bon point de vue jusqu'à ne plus parvenir à l'explication mais seulement à des valeurs suggestives jusqu'à l'horizon des possibles, en laissant la porte ouverte je peux faire entrer le chant des oiseaux et le bruit des moteurs, j'appelle ça une chronotopie cosmique et le public qui expose ses yeux devant les surfaces des Vivages peut y entendre comme une forme de sons ininterrompus libérés de toute contrainte, comme une conquête artistique avec son potentiel énergétique c'est-à-dire sans risque, comme une réconciliation c'est-à-dire simplement une sensibilité aux vibrations, comme un orchestre produisant des émotions c'est-à-dire ce que tous nous aimons, jamais il ne faut oublier l'existence et ses plaisirs c'est pourquoi l'art n'est pas indépendant de la vie, il décline ce grand moment avec le silence ou bien le bruit, de tous les côtés, et ça me plaît d'y trouver des échos, avec Les Naturages je me sentais proche de Monet et de ses vibrantes Nymphéas, avec Les Vivages je me sens proche de Redon, le 2° Redon, celui de la couleur, de la vie qui fait se croiser celle humaine de l'intérieur et celle cosmique de l'extérieur, Odilon Redon c'est de l'OR, une exception, j'ai toujours aimé les exceptions, il est une intuition et une énergie pour conquérir la plénitude de l'art et de l'homme, quelque chose entre le jour et la nuit, comme une forme d'océan primordial, Joyce avait titré Ocean son dernier livre jamais écrit, celui qui devait suivre l'immense Finnegans Wake, je vois mes Traces, mes Paysages et mes Séquences Cosmiques un peu comme le fameux océan primordial d'Odilon Redon, Odilon me regarde, j'en suis ému, à chaque lecture de ses confidences d'artiste et de son journal mon cœur et mon esprit se réjouissent à pénétrer dans cette humaine intimité, je m'y recueille comme devant l'immensité et c’est fou comme la réalité transporte l’obstination de la création pour mieux voir et là c’est vaste, bien au-delà des mimétismes culturels, pas de président pour le Globe Terrestre, voilà pourquoi ...

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