PIERRE PILONCHERY
pilonchery.com
PIERRE PILONCHERY
Un artiste et son oeuvre

Stéphane Roy
étudiant en Licence 3 - Paris 1 Sorbonne - Mars 2010
(Remerciements à l'auteur pour son autorisation)


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L’étude de l’œuvre d’un artiste dans le but de délivrer une analyse esthétique nécessite une immersion totale, allant au-delà du simple regard critique. Même s'il s’agit avant tout de réunir des documents sur l’œuvre, de dégager différents axes d’appréhension du travail, d’amener à des questionnements soutenus par diverses références de sorte à clarifier le propos, tout ceci semble néanmoins insuffisant. En effet, plonger dans l’univers d’un artiste nécessite d’abord un regard sur l’homme qu’il est. Côtoyer l’intimité de sorte à mieux dégager le sensible, permettre de mieux comprendre l’importance des sujets abordés et des œuvres proposées, parvenir ainsi à l’essence même de son art, considéré ici comme une véritable expérience à vivre et partagée pleinement par le biais de cette étude. Au final, il s’agit en quelque sorte d’abandonner les démarches classiques et scolaires, la rigueur de la retenue, pour mieux questionner l’homme par le biais de son œuvre, spécialement lorsque celle-ci a « une visée maximaliste et une portée universelle » (1). En somme, il s’agira ici de tenter de saisir la pleine signification de l’œuvre de Pierre Pilonchéry, ses intentions, sa réflexion, en focalisant le regard sur l’œuvre « Walker » comme point de départ, et par le biais des études faites, des documents rassemblés et analysés, et des rencontres opérées avec l’artiste, mettre au premier plan l’essence même de toute son œuvre et de sa personne.


I° Description de l’œuvre

Dans un premier temps nous pencherons notre regard sur l’œuvre de l’artiste en partant tout d’abord d’une création précise. De ce premier point, il sera facile d’élargir le regard et d’englober toute l’œuvre au sein de notre étude, en nous intéressant d’abord au processus même de la création, essence de l’œuvre par excellence. Puis, enfin, après avoir dégagé les points les plus marquants de l’œuvre dans sa globalité et sa genèse, nous retournerons sur la finalité, si l’on peut dire, de la première œuvre étudiée en la considérant dans son contexte de présentation au public.

A) « A Walker in the Universe »

Pierre Pilonchéry est né en 1950, vit et travaille à Lyon. Un peu plus de 30 années après ses débuts en tant qu’artiste, il lança en 2008 le projet « A Walker in the Universe ».
Il s’agit à la base d’un film muet, en couleur et éponyme durant 23 minutes. Celui-ci met en scène l’artiste habillé en blanc et avec un béret rouge, en train de marcher, tout en faisant du surplace face à la caméra. Dans son dos et en guise de fond figure une de ses « surfaces », dont nous étudierons ci-dessous l’existence. Concentré, serein et détendu, l’artiste « marche » tout simplement.
Ce film fut par la suite mis sur son site internet et le projet « A Walker in the Universe » put commencer à devenir mondial. L’artiste présenta le processus et l’objectif attendu. Il s’agissait de faire projeter le film « dans des lieux très divers en différents points du globe » (2). Pour cela, 4 étapes étaient nécessaires :
-Télécharger le film proposé sur le site de l’artiste 
-Diffuser le film dans le lieu de son choix, qu’il soit public ou privé, et quelque ce soit le moyen technique de diffusion. 
-Faire un petit film de cette projection
-Envoyer ce film à l’artiste.
Chaque personne participant à ce projet devient alors co-créatrice de l’œuvre. Chaque film est ainsi mis en ligne sur le site de l’artiste avec le nom du participant et toutes les informations se rattachant au film témoignant de la diffusion de la vidéo « A Walker in the Universe » (pays, ville, lieu, date, heure, durée de la projection, …).
En l’espace d’une année, le film fut diffusé dans divers pays autres que la France, tels que l’Allemagne, l’Espagne, la Gambie, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni, l’Australie, Hong-Kong, le Canada, les Etats-Unis, etc…

(1) Thibault Carles, P-Art-Chwork, Itinéraires esthétiques vers l’infini, en 0 et en 1. Essai sur le travail de l’artiste Pierre Pilonchéry
(2) Pierre Pilonchéry, WALKER IN THE UNIVERSE, A GLOBAL WORK – Comment participer?


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Véritable œuvre nomade, le « Walker » de Pierre Pilonchéry traversa rapidement le monde et fut diffusé sous diverses formes et dans des lieux différents les uns des autres : université, centre commercial, école, musée, dans divers lieux publics, etc.
Comme le dit si justement l’artiste, « Chaque environnement particulier rend le film particulier » (3)
Le marcheur change d’identité constamment, saisit la signification de son lieu de rattachement, donne de l’importance à tout ce qui constitue ce lieu et englobe ainsi toutes les personnes qui s’y trouvent.
Le marcheur comme une image en éternelle mutation, faisant jaillir le potentiel de sa présence possible partout sur le monde, conférant ainsi une nouvelle forme de prise de conscience de la planète comme une sorte de gigantesque scène de théâtre sur laquelle chaque personne évolue, et surtout, que chacun doit s’approprier pleinement.
Toute l’œuvre traverse l’espace et le temps, offrant à chacun une nouvelle version de ce qu’il voit. L’œuvre se dépasse elle-même puisqu’au final l’objet s’efface au profit de la prise de conscience, de l’existence et de l’expérience même qui s’y rattache, ou, plus simplement et globalement, la vie inclue.
« Chaque marcheur sait que d’autres marcheurs existent ailleurs tout autour. L’homme peut voir au-delà de son temps et de son espace. Son sens de l’action ne veut justement pas limiter sa production à son moment de visibilité dans son lieu de monstration. C’est l’affirmation d’une multiplicité de centres dans l’espace d’existence de tous les actes de l’espèce humaine » (4).
Véritable œuvre globale qui s’inscrit totalement dans son temps par le biais des divers procédés qu’elle emploie, elle nous renvoie au fait que l’art ne s’associe pas à la notion de Territoire, celui-ci étant universel et ne connaissant aucune frontière. Notons d’ailleurs que l’artiste a déjà proposé une œuvre in situ pour la planète Mars, ou comme bien avant, Yves Klein lui aussi considérait le monde dans sa globalité comme la surface de sa toile illimitée.
Ce sont ce type d’artistes qui nous offrent directement cette considération de l’art comme quelque chose de jamais abouti, contenant un nombre infini de possibilités, une accumulation d’expériences, de vie, une potentialité maximale et universelle. Le monde comme un chantier toujours modulable.

B) Les surfaces, genèse de l’œuvre

Thibault Carles, artiste et essayiste, mais aussi ancien élève de Pierre Pilonchéry, délivre une brillante analyse de l’œuvre globale de l’artiste dans son essai P-Art-Chwork en partant du processus même de la création jusqu’à la signification maximaliste que celle-ci contient.
Le titre même de l’essai renvoie à la base de l’œuvre : le patchwork, dont la définition basique est une pièce de tissu composée de morceaux de différentes couleurs cousus les uns aux autres.
Depuis plus de trente années, l’artiste tisse minutieusement « une série de grandes surfaces obtenues en collant sur toiles des morceaux de magazines et de tissus travaillés à l’acrylique et à l’encre, complétées de leurs reproductions par impressions sur textiles, papiers, photographies et vidéos, pour produire, accompagnées d’autres éléments comme les sons et les objets, des environnements dans lesquels on peut librement se promener » (5), le tout sur la base du principe d’incertitude qu’invente l’artiste, proche de la philosophie du hasard dans l’œuvre comme processus créatif qu’utilise notamment John Cage, ami de Pierre Pilonchéry.
Récupérant des catalogues publicitaires pour créer ses surfaces, il exécute un véritable recyclage artistique en tissant, découpant, collant toutes ces images qui « se fragmentent et disparaissent au profit d’une trame nouvelle » comme l’écrit Florence Jaillet dans l’article qui est consacré à la pratique de l’artiste dans la revue Esse. Ce processus de réhabilitation permet d’offrir à ce matériel périssable une fonction noble, débarrassé de sa fonction première pour devenir une véritable mosaïque du Tout.
Au travers de ses grandes surfaces all over, l’artiste délivre « une œuvre totale reflétant notre monde (…) et ses connections (…) Le quotidien émerge de cette surface fragmentée, insaisissable dans sa totalité, à l’image de nos vies, un tissu d’expériences colorées et sans fin » (6).


(4) Pierre Pilonchéry, 120 notes de travail dans le temps de préparation et d’exposition de l’installation Walker à l’Ecole Normale Supérieure des Lettres et des Sciences Humaines de Lyon (2009)
(5) Pierre Pilonchéry, Les Remplissages
(6) Jonathan Letoublon, In Walker, Pierre Pilonchéry, 14 mai – 26 juin 2009, Autour d’une exposition (2009)


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Véritable surface du monde, fragmentaire et unitaire à la fois, le patchwork ou canevassage de l’artiste offre une trame d’images synonyme de flux de la vie, mêlant diverses couches de la réalité qu’il s’approprie, et de multiples formes que l’univers nous offre, afin de mieux nous en offrir sa vision illimitée. Les images publicitaires perdent leur sens premier pour recouvrir leur véritable statut d’image.
La surface devient donc un véritable tableau vivant, presque organique, dense et complet, au visuel intense, et dont chaque détail a son importance puisque permettant de nous renvoyer inlassablement à l’univers tout entier.

Chaque réalité est concentrée dans chaque surface par le biais de ce « regard en pixel, apparu bien avant la démocratisation de l’imagerie numérique. La surface de la planète est perçue, dès les débuts de Pierre Pilonchéry, telle une surface de mosaïque dans laquelle chacun a la possibilité totale d’exister et de créer car étant toujours considéré comme le centre de cette gigantesque composition » (7).
Par la suite, l’artiste inclura de nombreux éléments, s’adaptant toujours aux évolutions techniques par l’utilisation notamment de postes de télévisions, de grues, de vidéoprojecteurs, de la sphère cybernétique, renvoyant à ce propos à la définition de Marshall Mc Luhan « l’artiste est celui qui s’approprie la signification de son action et des connaissances nouvelles de son temps. Il est l’homme de la lucidité globale » (8).
Les surfaces s’adaptent ainsi aux matériaux employés ou aux formes que leur confère l’artiste. Tantôt murs, tantôt cabanes, elles offrent de nombreuses variantes, comme ce fut le cas de l’exposition que proposa Pierre Pilonchéry « La Grande Surface et tous ses Lieux » dans tout l'espace de la galerie marchande d'un Centre Commercial à Lyon en 2006. Au sujet de cette exposition, l’artiste déclara, dans le cadre d’une interview menée par Marie-Sophie Chambon pour le film « Un dimanche à la campagne » présentant cette exposition, « j’ai toujours en tête l’idée que l’art d’aujourd’hui qui est fait avec les choses de la vie d’aujourd’hui, mérite d’être montré dans les lieux de la vie d’aujourd’hui ». Son travail de l’addition regroupant les images, les sons, le temps, offre également une addition des éléments de la société de consommation avec ceux de la nature, comme l’eau, le sable, les cailloux, puisque au final, tout cela fait bel et bien parti du même monde, et il serait illogique pour l’artiste de les séparer.
Bien évidemment, nous sommes encore loin de l’essence même du travail de l’artiste et de la description de chaque fait intéressant. Suggérons tout de même la lecture du très intéressant texte de l’artiste, car riche en détails, pensées, notes, etc., intitulé simplement « Comment je travaille ? » et écrit dans le cadre du chantier de l’installation « Quelques lieux et leurs moments », exposition sous forme de work-in-progress in situ dans un entrepôt désaffecté à Lyon, avec l’artiste de cirque Amaury Jacquot.
Après avoir donc vu « brièvement » la genèse de l’œuvre de l’artiste, nous allons nous intéresser à la dernière exposition qui intègre la vidéo « A Walker in the Universe ».

C) Walker

« Walker » se présente sous la forme d’une installation mise en place pendant 6 semaines à l’Ecole Normale Supérieure des Lettres et Sciences Humaines de Lyon, autour de l’œuvre planétaire «  Walker in the Universe, A Global Work ».
Organisée en 3 parties, « Walker » présentait une surface en papier de 120m² issue de la série Les Publicitages, une vidéoprojection grand format du film « A Walker in the Universe » diffusé en boucle, et la diffusion sur plusieurs moniteurs du film « Walker In The Universe, A Global Work » (regroupant les différents films des co-créateurs de l’œuvre).


(7) Thibault Carles, P-Art-Chwork
(8) Marshall McLuhan, Pour comprendre les médias


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L’ensemble fut mis en scène dans l’espace du forum de la galerie de l’école, véritable espace de circulation obligatoire, et donc hautement symbolique par sa résonance avec l’œuvre. En effet, le spectateur se retrouvait alors au carrefour des circulations des cultures et des savoirs, avec cette idée de communication et d’échanges qui font « marcher » le monde, comme le dit l’artiste dans ses Quelques notes par l’auteur pour « Waker ».
Il rajoute « le visiteur dans l’installation de l’ENS rencontre simplement la grande tenture de papier qui silencieusement tombe au sol pour s’y étendre de tout son poids accompagnée de la projection grand format du film « A Walker In The Universe » sur lequel on voit la silencieuse marche immobile de l’artiste devant la surface.
Pourtant si nous savons ouvrir nos oreilles, nous entendrons dans ce Forum un autre bourdonnement, celui des voix mélangées de toutes les personnes traversant cet espace de circulations et d’informations mixées au bruit de fond inévitable à tout lieu que nous traversons, avec, ajoutés proches sur plusieurs moniteurs, les voix et bruits des divers lieux de diffusions dans le monde du film « A Walker in the Universe » (9).
« Walker » s’affirme donc comme un véritable espace de vie à son image, dans lequel les interactions des genres, des cultures, des réalités, se fait l’hymne même de l’œuvre. Les nappes sonores englobent les spectateurs pour mieux le situer au milieu même de la vie, au-delà de l’œuvre en elle-même.
Plus qu’une simple exposition, il s’agit là d’un véritable environnement de vie et d’énergies qui par le biais de la forme artistique, délivre à chacun la pleine conscience de l’expérience de notre présence au monde.
Les élèves de l’école déambulent, marchent, accomplissent leurs destinées et continuent leurs existences respectives dans ce lieu où ils viennent récolter une certaine forme de savoirs et des approches culturelles. Leur marche se fait alors en résonance avec celle du Walker représenté par sa vidéo originale, mais surtout, les films retraçant sa présence, ses présences, au monde.
Entre l’ici et le partout, entre le maintenant et l’intemporel, la pleine concentration de ces différentes formes de potentialité et d’existences au monde confère plus qu’une aura à l’œuvre, mais tout simplement une vie, une incarnation véritable dans le temps présent et les existences de chacun, tendant une main à qui saura prêter attention à l’œuvre pour recevoir cette prise de conscience.

Ainsi, au cours de cette première partie, l’étude a donc servi à mettre en lumière le principe de l’artiste d’offrir une vision mosaïquée du monde de sorte à mieux l’englober et pour introduire le spectateur dans l’œuvre, dans la vie, par le biais de ce rassemblement de « choses de la vie, dans des lieux de la vie » comme le dirait l’artiste.
Nous avons à ce sujet soulevé divers notions et principes dans la genèse de l’artiste. En deuxième partie nous allons donc nous pencher sur les axes réflexifs que nous avons commencé à aborder précédemment.


II° L’ouverture au monde et à l’homme

Nous avons évoqué les notions d’universel, de globalité, de prise de conscience de l’existence. De bien grandes notions certes facilement applicables. C’est pourquoi nous allons à présent tenter de les détailler afin de toucher l’essence même et la portée totale de l’œuvre de Pierre Pilonchéry.

A) Du réel, en art comme dans la vie

Par le biais de ces surfaces, comme dans leur intégration dans divers dispositifs d’installation rassemblant des éléments qui parfois s’opposent, toute l’œuvre nous offre une concentration de chaque réalité, bannissant dès lors toute idée de grandeur et de degrés d’importance. Les opposés se rejoignent, l’importance du détail qui répond au principe du all-over n’offre pas une volonté de distinguer des éléments primordiaux par rapport à d’autres. Le carré en bas à droite a autant d’importance que celui en haut à gauche. La plante existe autant que le poste de télévision. Le marcheur à Hong-Kong est aussi grand que celui aux États-Unis.


(9) Pierre Pilonchéry, Quelques notes par l’auteur pour « Waker ».


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Abandonnons dès lors toute idée de lectures préférentielles, de points plus importants que d’autres pour ne privilégier que ce que l’œuvre nous offre, l’importance de son existence qui nous renvoie à la prise de conscience de notre propre existence au monde et dans les différentes formes de réalité qu’elle nous offre.
L’œuvre s’adresse au lieu, au monde, au temps, au réel mais aussi et surtout au spectateur.
La volonté d’exposer de l’art dans des lieux qui ne sont pas habitués à recevoir ce type de forme est une véritable volonté de l’artiste de réconcilier l’art et la vie. Durant l’exposition au centre commercial à Lyon en 2006, les six stations proposées par l’artiste interpellaient le public, porté dans son élan sur le chemin habituel de la consommation. Si certains ne prenaient guère le temps de s’arrêter, ignorant ces six installations, certainement par habitude d’une forte concentration d’interpellations visuelles propre à ce type de lieux, beaucoup étaient intrigués par cette intrusion de formes allant à l’encontre de l’environnement banal, pourtant constituées d’éléments appartenant à cet environnement.
L’artiste crée ainsi « des lieux de potentiels, des surfaces nomades capables d’ouvrir de nouveaux espaces, un nouveau régime de perception » (10)
L’art s’introduit dans la vie, affirmant son ancrage dans le réel, et ici même dans le quotidien des clients du centre commercial, les invitant à regarder ailleurs, autrement.
Le processus est le même pour le « Walker » qui répète le processus d’abolir toute distinction entre l’art et la vie, mais cette fois-ci à l’échelle planétaire. « Le monde ne se limite pas à notre vie quotidienne, notre vie quotidienne est un moment qui est celui de l’univers tout entier » (11)
De nombreuses vidéos montrent bien ces vidéoprojections du film dans différents lieux, avec les personnes qui évoluent dans ce lieu et leur manière d’appréhender cette intervention dans leur quotidien, dans leurs réalités.
L’artiste opère une véritable forme d’art de l’action, comme il le dira lui-même dans une première interview réalisée personnellement avec lui. Toute l’énergie de l’œuvre commence par l’expérience de la création, ce travail du temps consacré au tissage fait avec minutie, renvoyant à Wolfgang Laib récoltant le pollen pendant des heures dans les champs, et passant tout autant de temps à le déposer sur le sol gris des musées. Mais l’énergie ne s’arrête pas une fois l’œuvre terminée, comme pour toute œuvre, la relation entretenue avec le spectateur ne lui confère pas une nouvelle vie, mais juste un prolongement, comme une sorte de deuxième chapitre qui semble infini dans le temps.
En s’adressant directement au spectateur, Pierre Pilonchéry l’invite à aller au-delà de l’œuvre : « le spectateur n’a pas à chercher à comprendre ce que l’artiste voudrait dire ou faire, il n’y a pas de message (…) ce sont surtout des propositions dont le spectateur s’approprie les données, des signes plastiques et sonores, et je crois que le travail au fond révèle plus le visiteur dans ce qu’il est que l’œuvre elle-même. Je trouve très intéressant cette idée que au fond ce que révèlerait l’art ça serait peut-être plutôt celui qui le voit que celui qui l’a fait » (11)
Dans l’interview du 14 octobre 2006, enregistrée à l’occasion de l’exposition « La Grande Surface Et Tous Ses Lieux », au sujet des spectateurs, l’artiste dit qu’il n’attend rien puisque l’art se présente comme une proposition. Le seul aspect enrichissant est lorsque le spectateur se retrouve lui-même dans l’œuvre, lorsque celle-ci prend part à son existence pour le renvoyer au questionnement et à la réflexion de sa propre présence au monde.
Peut-on aller jusqu’à parler d’art relationnel ? Nicolas Bourriaud définit sa théorie comme quelque chose qui « nait de l’observation du présent et d’une réflexion sur le destin de l’activité artistique. La sphère des relations humaines comme lieu de l’œuvre d’art » (12)
En posant récemment la question à l’artiste, celui-ci me répondit : « ça peut être ça, mais ce n’est surement pas que ça...toutes les questions d'esthétiques et de techniques ne m'ont jamais paru fondamentales, elles sont juste des moyens. Alors pourquoi conserver le même mot pour signifier quelque chose "autre"? Mais effectivement il s'agit bien de questions" relationnelles", comme un mode de connaissances de soi et des autres dans ce monde qui nous contient ».
L’art dépasse la théorie, et la vie semble dépasser l’art. Il ne s’agit donc plus d’établir des concepts, mais des propositions dans la seule intention d’interpeller l’esprit, de provoquer l’expérience et la prise de conscience.


(10) Florence Jaillet, article sur l’œuvre de Pierre Pilonchery dans la revue Esse n° 64
(11) Interview réalisée par moi-même le 15/02/2007 pendant le chantier de l’installation Quelques Lieux et Leurs Moments.
(12) Nicolas Bourriaud, L’Esthétique Relationnelle


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La pratique artistique de Pierre Pilonchéry, et ce terme devient d’ailleurs réducteur, possède une portée universelle. L’homme ne crée plus l’œuvre mais la prise de conscience de son existence au monde en tant qu’affirmation absolue.
Toujours dans cette première interview réalisée avec l’artiste, ce dernier dit clairement « il y a peut-être un autre paramètre que je veux inclure dans mon travail, c’est, en plus de ces choses de la vie, de la banalité quotidienne, que déjà les gens de Fluxus se sont appropriées, c’est peut-être aussi toucher la vie jusqu’aux dimensions infinies de l’univers. Et ça c’est très important pour moi (…) Donc cette dimension de l’infini de l’univers entier, qui est présent ici bien sûr, c’est peut-être le moment qui m’intéresse le plus actuellement ».
Chacun s’approprie l’image, l’œuvre, et l’artiste les invite à agir, à l’image des performances que ce dernier organise. Que ce soit la lecture simultanée des textes de l’artiste par 15 interprètes en même temps, ou l’invitation aux lecteurs de lire ses textes dans l’ordre qu’ils souhaitent, nous sommes toujours dans cette optique de morcellement de la réalité, non pas dans l’idée de division, mais dans celle que le « Tout est bien plus grand que la somme des parties ».
Thibault Carles, dans son P-Art-Chwork, utilise le terme de « projet humaniste » et voit dans l’œuvre de Pierre Pilonchéry une intention de « donner au monde la mesure de l’homme, dans un but de création et de partage. Cette infinité des images, où chacune dispose d’un certain temps de vie, se fait elle-même l’image de l’infinité de l’espère humaine, chaque individu concourant à la diversité et à l’unité de l’espèce à la fois ».

B) L’homme global

Nous avions évoqué Marshall McLuhan et sa notion de globalité au sujet de l’homme et de l’artiste. Celle-ci est bien évidemment applicable à Pierre Pilonchéry, surtout après avoir dégagé la portée universelle de son travail, dans le réel, le temps, comme dans sa relation au spectateur.
Dans le premier entretien exécuté avec l’artiste, lorsque je l’interrogeais sur la notion de globalité dans son œuvre, celui-ci me montrait que cette notion agissait uniquement dans un « sens de rencontres de la multiplicité, des jeux des différences qui sont là » et non dans un désir « d’unification pour faire une unité ».
Récemment je lui demandais s’il essayait d’amener les gens à prendre simplement conscience de leur existence ou si on pouvait parler d’une visée transcendante, puisque ce dernier s’adresse à l’Homme avant d’interpeller le spectateur.
Voici sa réponse : « Si une œuvre d'art n'existe que dans l'optique de l'acquisition et de l'accumulation, même pour les questionner, d'un savoir culturel qui ferait valeur, elle rate je trouve l'essentiel. Voir de l'art comme faire de l'art conduit inévitablement à soi. L'art élargit le regard, de soi au monde et tout ce qu'il contient. Il ne peut pas y avoir d'autres mode de connaissance, sinon on reste dans la vaine agitation de ce qui n'est pas nous pour le remplacer par quelque chose qui nous prive d'être nous. »
Guy Debord a montré que la suppression et la réalisation de l’art sont les aspects inséparables permettant le dépassement de l’art.
Dans une époque où l’art événementiel, trash, celui qui choque les consciences pour mieux les interpeller, presque gratuit s'il ne l’est pas déjà, comme seule tentative de parvenir à être plus en lumière que les tendances du marché, l’œuvre de Pierre Pilonchéry se démarque en agissant individuellement tout en regardant le tout.
En effet, la singularité de l’œuvre s’adresse différemment à chacun, puisque s’adressant à l’expérience et à la prise de conscience, mais tout de même de manière globale.
Chaque spectateur devient comme un des carrés des surfaces, tissé aux autres, mais toujours différent et comportant autant d’importance que son entourage.
Dans notre époque des avancées technologiques devenues quotidiennes, le monde cybernétique se superpose un peu plus chaque jour au monde réel, éloignant les êtres les uns des autres. Nous voyageons à travers le monde derrière un écran, cloisonné chez soi, emprisonné dans la sphère la plus restreinte du réel et de l’expérience vécue. Les cybercafés s’affichent dès lors comme des pièces de théâtre où chaque client tente d’aller chercher à connaître la personne à l’autre bout du monde, sans avoir la curiosité de porter un intérêt à celui qui est assis à coté de lui.
Dans son ouvrage « Cybernétique, la politique du pire », Paul Virilio manifeste cette idée de perte du monde réel au profit du monde virtuel. Nous perdons le contact avec Autrui, avec le lieu et le temps sous l’empire de l’interactivité.
Bien entendu il ne s’agit pas de blâmer bêtement les technologies actuelles, mais l’attitude de l’homme face à ces prothèses dont il se sert pour conduire sa vie en mode « automatique ».
Pierre Pilonchéry fait partie de ces artistes qui évoluent, et dont la pratique évolue, en fonction de l’évolution matérielle. En intégrant les nouvelles technologies, et en s’en servant pour répandre sa réflexion, sa philosophie et son art, il propose finalement à l’homme une manière autre.
La période des Visionnages de l’artiste, s’étendant de 2003 à 2009, met en scène des environnements crées par ordinateur. Les images et les sons se tissent ensemble pour proposer une partition complexe « où la multiplicité du monde rencontre la singularité de chaque chose et chacun qui que nous soyons » (13).
Une série de films sont projetés sur divers éléments créant ainsi des environnements dont la surface s’enveloppe dans ce flux d’images aux couleurs saturées, accompagnées de nappes sonores capturées via la télévision et traitées par ordinateur. Tout se juxtapose et s’additionne, offrant ainsi une véritable densité sensorielle.
Ce rapport à la technologie est transposé dans le réel et se mélange avec la matière et le temps, comme ce fut le cas lors d’ « All the people », une installation en 2009 pour le musée des moulages de Lyon. Les films vidéoprojetés sur les statues du musée offraient un véritable mélange des cultures par ces réceptacles à l’effigie des plus belles œuvres antiques, mais surtout une osmose de la matière, du temps, du lieu et de la culture. Tout un monde concentré, dont les strates du réel assemblées offrait aux spectateurs un univers « plein » (il me semble que ce mot serait le plus juste).
Que ce soit les pratiques, les médiums, les formes d’expressions, le passé, le présent ou le futur, rien n’est séparable dans l’œuvre de Pierre Pilonchéry. Nous sommes dès lors embarqués dans un voyage sur un tapis du cosmos volant à travers les formes et les matières, les temps et les lieux.
L’artiste se sert donc des nouvelles technologies, même plus profondément comme avec son projet des Webcamérages qui se présente comme une œuvre interactive. Mise en ligne sur le site de l’artiste en 2007, elle est construite comme une grille composée de petits films mettant en scène à chaque fois l’artiste laissant libre court à sa pensée devant sa webcam. Sur le même principe que précédemment, le spectateur, qui endosse ici le rôle d’internaute, est le maître de l’œuvre. Soit il décide d’activer les vidéos une par une pour écouter ce que l’artiste dit, soit il peut les activer toutes simultanément, composant lui-même sa partition et recréant une nappe sonore, un concert de voix, « où le sens est remplacé par l’expérience à vivre pour le visiteur qui la dirige, c’est toujours l’idée de l’œuvre comme une partition qu’on peut à chaque interprétation toujours revisiter » (14).
L’artiste s’approprie donc ces nouveaux outils qui s’offrent à lui pour toujours mettre en avant son propos, sa pensée et ses intentions. Par le même coup, il s’oppose à la généralisation du monde cybernétique qui, selon Virilio, agit comme un véritable virus pour l’humanité.
L’artiste interpelle l’internaute pour s’adresser à l’être humain. Il s’insère dans le monde virtuel pour mieux revenir dans le monde réel, ramenant avec lui ceux qui veulent bien se prêter aux expériences qu’il propose.
Il ne s’agit plus de prothèse comme chez Stelarc, mais bel et bien d’un simple outil. L’utilisation reste simple, sans y rattacher une dépendance, une nécessité, etc. Ce n’est qu’un moyen finalement.
Lorsque je lui demandais de m’expliquer son rapport et sa vision des nouvelles technologies, voici ce qu’il me répondit :
« Tous ces nouveaux outils permettent d'autres comportements possibles pour inventer et créer, c'est un grand bonheur de pouvoir les utiliser. J'ai toujours aimé ce qu'on appelle "la technologie". Enfant je tentais de jouer avec des branchements électriques pour faire circuler un son du poste de radio familial a l''électrophone que nous avions. J'essayais en même temps de projeter sur le mur des images dessinées sur des transparents ou des négatifs photos en fabriquant des bricolages avec des ampoules et des loupes pour grossir l'image... j'y consacrais beaucoup de temps et de plaisir... Lorsque d'autres moyens s'offrent à nous pour faire plus ou autrement ou autre chose, pourquoi s'en priver? Voilà, je dis ça, enthousiaste, et pourtant je continue de me sentir franchement très maladroit avec tous ces outils qui me sont maintenant inévitables pour élargir et transformer notre terrain d'actions... »


(13) Pierre Pilonchéry, notes descriptives des Visionnages (présentes sur son site internet).
(14) Pierre Pilonchéry, notes descriptives des Webcamérages


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Tel Schwitters qui parcourait le quotidien, cueillait les éléments qui pouvaient l’intéresser et créer à partir d’eux, tels tant d’autres artistes qui évoluèrent avec leurs temps pour proposer autre chose, ou simplement, autrement, Pierre Pilonchéry n’a pas réellement délaissé les surfaces au travers de ces outils technologiques. En effet, de ses premières esquisses, de ses premiers pas dans cette nouvelle dimension, la pensée, l’essence restait là. Que ce soit sous la forme de la grille, de la multiplicité, du regard global, la philosophie du patchwork visuel, expérimental, est toujours présente. L’art s’adapte et change de forme, à l’image de la vie.
Et c’est d’ailleurs ainsi que naquit le Walker.


C) Walker, au-delà de l’homme

L’œuvre globale du Walker jaillit d’une intention et d’une première réalisation de son artiste, mais sa croissance fut réalisée par le biais du réseau cybernétique et de son effet domino à travers le monde.
Ce qu’on appelle « buzz », ici la notion ne peut être applicable puisque allant à l’encontre de l’intention purement humaniste de l’artiste.
En effet, le « buzz » répond plus à la philosophie de Guy Debord telle qu’il l’expose dans son œuvre La Société du Spectacle : « Ce qui relie les spectateurs n’est qu’un rapport irréversible au centre même qui maintient leur isolement. Le spectacle réunit le séparé, mais il le réunit en tant que séparé.
L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L’extériorité du spectacle par rapport à l’homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représente. C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout. » (15)
Pierre Pilonchéry fonctionne à contre-courant. Investissant toutes les formes relatives de cette « société du spectacle », il les déforme, change leurs contenus pour y insérer un espace de potentiel propice à chaque prise de conscience pour toute personne qui s’y plongerait.
En prenant conscience de son existence, du monde, du temps, de ce qui l’entoure et d’autrui, le spectateur ne se trouve plus au centre d’une œuvre d’art, ni face à une forme artistique, mais simplement face à la vie, là est toute la force de la pratique de l’artiste.
Guy Debord cite Feuerbach lorsque celui-ci dit « Et sans doute notre temps…préfère l’image à la chose, la copie à l’original, la représentation à la réalité, l’apparence à l’être…Ce qui est sacré pour lui, ce n’est qu’illusion, mais ce qui est profane, c’est la vérité. Mieux, le sacré grandit à ses yeux à mesure que décroît la vérité et que l’illusion croit, si bien que le comble de l’illusion est aussi pour lui le comble du sacré ».
Pierre Pilonchéry ne considère pas le monde comme une simple illusion, mais comme quelque chose qui tout simplement « commence à nos pieds, notre quotidien et tout ce qu'il contient, pour s'étendre à l'infini jusqu'aux confins inconnus de notre univers qui le contient » (16). Il ne s’agit pas forcément de l’homme, ni seulement de sa prise de conscience, ni même uniquement de sa présence au monde, mais juste de la vie et du monde dans son infinité, dans son universalité.
L’artiste répète bien souvent que ce n’est pas en apportant de l’ombre à l’ombre que l’on fera naître la lumière. Ceci n’est pas de l’optimisme, mais juste finalement une prise de conscience, un choix de regard qui conduit à une manœuvre expliquant alors toute la démarche dont découle toutes ces pensées, ces idées et ces points abordés jusqu’à présent.
Le monde n’est pas forcément en train de se détruire, il ne court pas forcément à sa perte, ce qu’il faut retenir plutôt à présent, est le potentiel merveilleux qui habite chacun de nous, notre faculté de pouvoir choisir, de pouvoir agir.
Au-delà du spectacle, de la superficialité et de l’illusion, dans tout ce chaos, il s’agira d’aller chercher cette lumière omniprésente que l’on appelle la vie.
On l’aura compris, il ne s’agit plus d’art, mais bien de vie. Comme le dit l’artiste « nous donnons un coup de pied gigantesque à toute appellation contrôlée, l’art manifeste la transformation d’une énergie


(15) Guy Debord, La société du spectacle
(16) Seconde interview réalisée avec l’artiste


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non évaluable qui peut occuper tous les chantiers (…) La fonction unificatrice de l’art c’est l’histoire de notre présence au monde dans son infinie répétition » (17).
La vie est construite à l’image de l’œuvre de Pierre Pilonchéry, une addition de petites choses formant de grands ensembles. Il n’y a plus de frontières, ni même de distinction. Il n’y a plus de Territoire, ni même de limite planétaire, tout est partout.
Le Walker traverse le monde dans un élan humain, à la conquête de la vie.
Le texte de Romain Perrin me semble particulièrement exact quant à sa vision du Walker : « Le marcheur ne marche pas et ne va nulle part parce qu’il ne se situe ni dans le temps ni dans l’espace, il est dans l’action pure. Il ne franchit pas de distances car il est en perpétuel chemin. Sans départ ni arrivée, il est un marcheur sans voyage qui recommence chaque fois le même geste, le même pas. C’est un éternel recommencement qui fait écho aux diffusions filmées de la vidéo dans d’autres lieux par des amateurs ou des professionnels et qui sont réinjectées ensuite dans l’œuvre sous forme d’un film de films. L’œuvre « Walker » grandit au fur et à mesure des projections. Contrairement au marcheur du film l’œuvre voyage ». (18) Il soulève par la suite une des questions majeures de l’œuvre : L’œuvre est-elle le film ou le voyage lui-même, dans la propagation du film à travers le monde ?
L’œuvre, à l’image de tout, s’inscrit dans un instant qui traverse le temps. Si celle-ci est nomade, cela nous permet de rajouter qu’elle traverse également les lieux. Elle s’identifie à chaque étape à ce qui la reçoit. L’artiste complète en disant que l’art ne peut plus avoir de territoire propre, puisqu’il occupe tous les terrains, à l’image de la vie rajouterons-nous.
Walker dépasse donc toutes nos attentes, si nous en avions. En effet, au-delà de l’œuvre, du réseau artistique, de la sphère cybernétique, une seule pensée ressort : être dans la vie et en avoir conscience, totalement et universellement. Il y a une autre face à l’image, un après image.
En posant d’ailleurs la question à l’artiste de son rapport à l’image, celui-ci m’offrit cette réponse :
« Elles ne sont rien d'autres qu'un libre matériau à notre disposition dans lequel il suffit de piocher (publicité, télévision, internet, images filmiques et photographiques que nous pouvons tous facilement fabriquer avec tous nos petits appareils portables -appareils photos miniaturisés, téléphones portables, etc, tous enregistreurs et fabricateurs d'images, et de sons...). Leur premier sens est de nous dire le monde qui est là à nos pieds autour de nous. Elles sont le point de départ de notre regard lorsque nous voulons le conduire bien au-delà, dans un sentiment d'appartenance à quelque chose qui dépasse les surfaces de ces images justement pour atteindre la surface du vaste univers tout entier qui les contient. Le monde est une vaste mosaïque, et tous ses morceaux nous concernent, depuis ceux que l'ont voit autour de nous jusqu'à ceux, inconnus de nos yeux, et peut-être même de nos esprits... » (19)
Aller au-delà des choses, voici la réelle devise en finalité.

L’œuvre n’a pas autant d’importance que l’expérience qu’on en fait. Elle est la locomotive qui traverse le monde, contenant en son sein et son essence toute la vie, la potentialité, l’existence, … Elle est une étape, une fenêtre ouverte, une image à traverser pour aller de l’autre coté du miroir et accéder non pas forcément aux Idées, mais simplement se sentir vivre et être là, présent au monde et au reste de l’univers.
L’œuvre, ce drôle de mot qui dérivé d’œuvrer, d’ouvroir, d’ouvrir, nous ouvre tant de perspectives insoupçonnées. Il nous faut donc dépasser le stade de l’image pour privilégier l’expérience à vivre.
Dépasser tout idée de sens, d’intellectualisation du monde à partir de notions préconçues et rediscutées inlassablement, dépasser les recherches de Beau, de Bon, de Vrai, non pas pour privilégier l’ignorance, bien au contraire, mais tout simplement apprendre et réapprendre constamment à être capable d’être un homme, un être vivant, vivant et présent au monde et à l’univers, parmi une quantité d’autres présences à ce même monde et ce même univers.
Ne pas se constiper pour apprendre à mieux s’élever de sorte à acquérir une vision globale, universelle, vitale, tout simplement humaine, comme Pierre Pilonchéry.


(17) Notes écrites par l’artiste pendant le chantier de l’installation Quelques Lieux et Leurs Moments
(18) Romain Perrin, DROITE PUIS GAUCHE, OU GAUCHE PUIS DROITE In Walker, Pierre Pilonchéry, 14 mai – 26 juin 2009, Autour d’une exposition (2009)
(19) Seconde interview réalisée avec l’artiste


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